• Gabriel Leroy
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Un système en mutation face au streaming

Le cinéma français connaît une phase de transformation importante alors que l’impact des plateformes de streaming sur la distribution et le financement des films reste au centre des débats. La France a mis en place un cadre réglementaire exigeant que les plateformes comme Netflix, Disney+ et Prime Video consacrent une part importante de leurs revenus au soutien de la création française, ce qui constitue une réponse directe à la concurrence croissante des services numériques. Depuis l’entrée en vigueur d’un décret en juillet 2021 destiné à transposer une directive européenne, ces services doivent consacrer 20 % de leur chiffre d’affaires réalisé en France à la production d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques, au même titre que les chaînes de télévision traditionnelles. En 2024, cela s’est traduit par un versement de 397 millions d’euros pour financer des productions françaises, dont 80 millions spécifiquement dédiés au cinéma, tandis qu’en 2023 la contribution s’établissait à 362 millions d’euros dont 79 millions pour le cinéma. 

La chronologie des médias, un outil de régulation critiqué

Ces obligations financières s’inscrivent dans un cadre plus large appelé « chronologie des médias » qui régule l’ordre et les délais d’exploitation des films après leur sortie en salles. Une réforme établie en 2022 a raccourci ces délais pour les plateformes par rapport à l’ancien système, passant d’un maximum de 36 mois en moyenne à 15 mois pour les plateformes signataires d’accords avec les organisations du cinéma, ou 17 mois sans accord. Canal+ conserve un avantage particulier grâce à un accord qui lui permet de diffuser les films six mois après leur sortie, mais cet avantage s’accompagne de fortes contributions financières au cinéma français. 

Un exemple concret de cette dynamique est l’accord signé début mars 2025 entre Canal+ et les organisations du cinéma, qui garantit à la chaîne la possibilité de diffuser les films six mois après leur sortie en salle jusqu’à fin 2027, avec un engagement de financement total de 480 millions d’euros répartis sur trois ans. 

Tensions entre plateformes et professionnels du cinéma

La réforme de la chronologie des médias et les obligations financières associées ont suscité des réactions contrastées dans le monde du cinéma. Certaines plateformes ont contesté les règles devant les juridictions françaises, estimant que les délais imposés restent trop longs ou déséquilibrés. Netflix par exemple a déposé un recours auprès du Conseil d’État contre les règles actuelles de chronologie des médias, notamment concernant la fenêtre de 15 mois avant diffusion sur la plateforme. 

Disney+ a également négocié ses engagements, augmentant progressivement sa contribution financière dans le cadre de la chronologie afin d’obtenir de meilleures conditions de diffusion. Les données législatives montrent par exemple que la part du chiffre d’affaires de Disney+ consacrée au cinéma passera de 4 % à 12,5 % en 2025, puis jusqu’à 14 % d’ici 2027, avec l’objectif de préfinancer au moins 70 longs métrages sur trois ans.