
Une image montrant un manifestant assis seul face à des policiers iraniens est devenue, fin décembre, l’un des symboles les plus marquants du mouvement contre la vie chère en Iran. Largement partagée sur les réseaux sociaux et reprise par des responsables politiques ainsi que par de nombreux médias internationaux, cette scène n’est pourtant pas une photographie fidèle de l’événement. Elle provient d’une vidéo réelle, mais a été partiellement modifiée à l’aide d’outils d’intelligence artificielle.
Diffusée à partir du 29 décembre, l’image en noir et blanc a été présentée comme l’illustration parfaite du courage individuel face à la répression. Des institutions officielles, dont le département d’État américain, l’ont relayée pour soutenir les protestations en cours dans le pays.
Un contexte de colère sociale en Iran
Depuis le 28 décembre, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes iraniennes pour dénoncer la dégradation rapide de la situation économique. À Téhéran, des commerçants ont d’abord fermé leurs boutiques avant de descendre dans la rue le lendemain, alors que la monnaie nationale atteignait un niveau historiquement bas face au dollar.
C’est au cours de cette journée qu’une vidéo filmée depuis un appartement de la capitale a circulé en ligne. On y voit un homme assis en tailleur sur une avenue, faisant face aux forces de l’ordre alors que la police disperse la foule. Cette séquence, diffusée notamment par le média Iran International, a rapidement attiré l’attention.
Une image devenue symbole mondial
Dans les heures suivantes, une image censée représenter cette scène précise s’est imposée comme un symbole. Certains médias l’ont comparée à la célèbre figure de “l’homme au char” de la place Tiananmen en 1989. Elle a même été utilisée pour illustrer des articles de presse et des pages encyclopédiques consacrées aux manifestations iraniennes.
Mais cette représentation largement diffusée ne correspond pas à une photo prise sur le vif, ni à une simple capture d’écran de la vidéo originale.
Une scène réelle, mais reconstruite
Les vérifications menées par des journalistes spécialisés montrent que la confrontation a bien eu lieu. Au moins deux vidéos, filmées sous des angles différents sur l’avenue Jomhouri à Téhéran, confirment la présence du manifestant face à la police. Toutefois, aucune de ces vidéos ne montre simultanément l’homme assis et l’ensemble des policiers alignés comme sur l’image devenue virale.
Selon plusieurs analyses, le visuel largement partagé a été “augmenté” par intelligence artificielle. Des outils d’IA permettent aujourd’hui d’améliorer la résolution d’images ou de recomposer une scène à partir de vidéos existantes. Dans ce cas précis, l’image semble résulter d’une combinaison de plusieurs captures d’écran issues de la même vidéo, assemblées et retravaillées pour créer une scène plus saisissante.
Des incohérences révélatrices
Ce type de traitement n’est pas neutre. Même lorsqu’il part d’images authentiques, le recours à l’IA peut modifier la perception de la réalité. Ici, certains détails visuels ne correspondent pas aux images filmées, ce qui confirme qu’il ne s’agit pas d’un document brut.
Si l’homme assis face à la police est bien réel, l’image devenue iconique relève davantage d’une reconstruction symbolique que d’un témoignage fidèle. Elle illustre à la fois la force des images dans les mouvements de contestation et les nouveaux défis posés par l’usage de l’intelligence artificielle dans la diffusion de l’information.











