Une réforme du travail qui divise la société

La Corée du Sud est au cœur d’un débat sociopolitique majeur cette semaine après que le gouvernement a proposé une révision des règles encadrant la durée légale du travail. Cette mesure, présentée par le ministère du Travail à l’Assemblée nationale, vise à permettre une flexibilité accrue des heures travaillées particulièrement dans certains secteurs (services, technologies, fabrication), au motif d’améliorer la compétitivité internationale et de réduire les coûts pour les entreprises, tout en prétendant stimuler l’emploi.

Actuellement en Corée du Sud, la durée légale du travail est fixée à 40 heures par semaine avec une limite de 52 heures incluant les heures supplémentaires. Le projet de réforme envisage d’ouvrir des dérogations sectorielles, permettant dans certains cas d’atteindre jusqu’à 60 heures hebdomadaires moyennant accord d’entreprise, accords collectifs ou systèmes de modulation annuelle du temps de travail.

Une société polarisée entre économie et qualité de vie

La proposition du gouvernement a déclenché une vague de réactions contrastées dans l’opinion publique et parmi les syndicats. Les partisans de la réforme, notamment des organisations patronales et certains économistes, affirment que la flexibilité est indispensable pour que la Corée du Sud puisse rester compétitive face à des économies comme le Japon, Singapour ou l’Allemagne, surtout dans les secteurs du numérique, de l’électronique et de la construction navale.

Ils soulignent également que la rigidité actuelle des règles sur les heures de travail décourage l’accueil de projets flexibles de grande envergure ou l’adaptation rapide à la demande mondiale, freinant potentiellement l’investissement étranger.

De l’autre côté, les syndicats, associations de travailleurs et organisations de défense du bien-être social ont vivement critiqué ces propositions. Ils estiment qu’une hausse effective de la durée de travail pourrait aggraver la situation déjà problématique de l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle, dans un pays où le stress au travail et les longues heures sont déjà reconnus comme des facteurs de santé publique préoccupants. Selon des sondages récents, près de 60 % des citoyens sud-coréens considèrent que les longues heures de travail nuisent à leur qualité de vie, bien que certains se montrent ouverts à des solutions flexibles clairement encadrées.

Contexte économique et pression démographique

La Corée du Sud fait face à une pression démographique importante, avec l’un des taux de natalité les plus bas du monde et une population vieillissante rapide. Cette situation contribue à une pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs, notamment dans les services, la logistique et les soins. Dans ce contexte, certains décideurs politiques considèrent que la flexibilité accrue des heures de travail pourrait être une réponse partielle aux défis de productivité, tout en évoquant des possibilités d’intégration de travailleurs à temps partiel, d’horaires modulables et d’incitations à l’emploi des seniors.

Cependant, les experts en politiques sociales avertissent que la santé mentale, le bien-être et la sécurité des travailleurspourraient être mis à mal si des limites claires ne sont pas définies. Ils insistent sur la nécessité d’une régulation équilibrée qui combine flexibilité, protection sociale et mécanismes de contrôle rigoureux.

Une réforme qui s’annonce longue et controversée

Cette semaine, l’Assemblée nationale sud-coréenne a commencé les débats en commission sur le texte. Plusieurs amendements ont été proposés, certains visant à renforcer les protections des travailleurs, d’autres à élargir encore la flexibilité pour les secteurs jugés stratégiques. La situation politique est tendue, car les partis gouvernementaux détiennent une majorité relative mais font face à une opposition déterminée et à une société civile mobilisée.

Des manifestations organisées notamment devant le Parlement à Séoul ont rassemblé plusieurs milliers de personnes ce week-end, exprimant leur mécontentement et appelant à des solutions plus respectueuses de l’équilibre entre travail et vie personnelle.